Il y a des jours où le problème n’est pas de voir trop peu. C’est de voir trop de lumière.
Avec la rétinite pigmentaire, mes yeux encaissent mal la luminosité. Pas seulement le grand soleil. Un ciel gris bien blanc suffit à me noyer les contours. Le trottoir se confond avec la chaussée, le poteau se fond dans le fond, et je ralentis sans même m’en rendre compte.
J’ai mis du temps à comprendre que la réponse n’était pas de foncer les verres. Elle était de changer la couleur de ce que je laisse passer.
Le principe que personne ne m’avait expliqué
Toutes mes lunettes ont des verres déjà teintés. Ce n’est pas un choix esthétique, c’est mon quotidien.
Longtemps, j’ai cru qu’il fallait choisir une teinte et s’y tenir. Une paire, une couleur, terminé.
En réalité, j’ai fini par empiler. Je garde mes lunettes teintées, et je pose une surlunette par-dessus. Deux filtres superposés, pas un seul.
Le résultat ne vient pas de la surlunette seule. Il vient de la combinaison. C’est ça que je n’avais lu nulle part.
Ma combinaison gagnante
Celle avec laquelle je me sens le mieux associe une teinte rouge orangé par-dessus des verres marron.
Le modèle est une LESA Berry, référence FP04BV. C’est une surlunette conçue pour la basse vision.
Dehors, l’effet est immédiat. Ciel dégagé ou ciel gris, peu importe. Le contraste remonte d’un coup et l’environnement se remet à exister.
Je distingue nettement mieux les bordures de trottoir. Les poteaux se détachent du fond au lieu de s’y dissoudre. Les obstacles proches, ceux qui me surprennent quand ma vision périphérique ne fait plus son travail, redeviennent visibles.
Ce n’est pas un confort de plus. C’est une marge de sécurité.
Le détail qui m’a le plus étonné
On me demande souvent la référence. Et pas seulement des personnes malvoyantes.
Des gens qui n’ont aucun problème de vue me posent la question, parce qu’ils trouvent que ça rend bien et que l’image leur paraît plus nette.
Ça m’a fait réfléchir. Un filtre bien choisi n’est pas un accessoire médical un peu triste. C’est un outil qui améliore la vision de tout le monde. Le mien améliore juste beaucoup plus la mienne.
Ce que je ne savais pas, et que j’ai fini par retrouver
Voici la partie où je ne vais pas faire le malin.
J’ai acheté cette paire chez un opticien spécialisé en basse vision. Il a fait le bon choix, la teinte me convient parfaitement.
Mais au moment d’écrire cet article, j’étais incapable de te dire laquelle c’était exactement.
Je connaissais le modèle de la monture. Pas le nom du filtre. Alors j’ai contacté directement LESA France pour en savoir plus, et pour leur demander à tester d’autres teintes. Leur réponse m’a appris quelque chose de simple et d’évident après coup : la teinte est gravée directement sur le verre, précisément pour qu’on puisse la retrouver.
Sur ma paire, le verre porte le nombre 60. Et à l’intérieur de la branche, une seconde mention, #39 0608, qui correspond plutôt à la monture elle-même.
Alors voilà mon conseil, et il reste valable même si tu connais déjà ta référence. Regarde la gravure sur tes propres verres, note-la quelque part, sur ton téléphone ou dans un carnet. Le jour où tu voudras remplacer ta paire, ou simplement la conseiller précisément à quelqu’un, tu ne seras pas coincé comme je l’ai été.
Ces chiffres sur les filtres veulent dire quelque chose
En préparant cet article, j’ai découvert un truc que je trouve passionnant.
Chez LESA, les teintes portent des numéros. 450. 500. 511. 527. 550. 585.
Ce ne sont pas des références commerciales. Ce sont des longueurs d’onde, exprimées en nanomètres.
Un filtre 527 bloque la lumière située en dessous de 527 nanomètres. Un filtre 585 coupe encore plus loin.
Et comme la lumière bleue occupe les longueurs d’onde basses, plus le chiffre monte, plus on supprime de bleu. La teinte glisse alors vers le jaune, puis l’orange, puis le rouge.
Ma teinte rouge orangé correspond donc à un seuil élevé.
Ça change complètement la façon de choisir. Une teinte n’est pas une question de goût. C’est un seuil de coupure, et il se choisit en fonction de ce qui te gêne.
Une fabrication française
Un point qui me tient à cœur. LESA France est une entreprise française, rattachée au Laboratoire Français.
Ils conçoivent et fabriquent leurs solutions visuelles en France. Leurs verres ophtalmiques sont tous produits dans leur propre laboratoire français, et leurs loupes sont injectées, assemblées et conditionnées sur leur site de Milly la Forêt, en Essonne.
Dans un secteur où l’essentiel du matériel basse vision vient d’ailleurs, souvent à des prix qui piquent, savoir que le filtre posé sur mon nez a été teinté dans un laboratoire français change quelque chose pour moi.
Ce n’est pas seulement une question de fierté. C’est aussi du circuit court, de l’emploi ici, et un interlocuteur joignable si un souci survient.
Pourquoi je fais une exception à ma propre règle
J’ai écrit un article intitulé Robocop, non merci, où j’explique préférer le matériel grand public au matériel spécialisé basse vision. Trop cher, trop voyant, trop enfermant.
Or ma paire préférée est justement du matériel spécialisé.
Je maintiens ce que j’ai écrit, mais je précise. Ce que je refuse, c’est le matériel qui me désigne comme handicapé et qui coûte le prix d’une voiture pour un service que mon téléphone rend mieux.
Une surlunette teintée ne rentre pas dans cette catégorie. Elle ne se remarque pas, elle ne parle pas, elle ne tombe pas en panne. Elle filtre la lumière, c’est tout. Et sur ce terrain précis, le matériel conçu pour nos yeux fait vraiment la différence.
La règle tient. Elle a juste une exception, et elle est sur mon nez.
Où trouver ces surlunettes
LESA France fabrique ces montures et ces filtres. Leur site présente les modèles et les différentes teintes disponibles.
Je préfère être clair sur un point. Je n’ai pas commandé en direct. Je suis passé par un opticien spécialisé en basse vision, qui a choisi la teinte adaptée à mon cas et s’est occupé de la commande.
C’est d’ailleurs la bonne démarche. Une teinte se choisit avec quelqu’un qui comprend ta pathologie et qui peut te faire essayer.
Le site peut s’afficher en anglais. Le modèle s’appelle Berry, référence FP04BV.
Ce que je retiens
Superposer deux teintes fonctionne mieux qu’en chercher une parfaite.
Le rouge orangé est ce qui me réussit le mieux dehors, par tous les temps.
Les chiffres des filtres sont des longueurs d’onde, pas du marketing.
Et il faut noter la référence de sa teinte, parce que je ne l’ai pas fait et que je le regrette.
Si tu veux voir le reste de ce que j’utilise au quotidien, j’ai rassemblé tout ça sur ma page Mon matériel. Et pour l’éblouissement à la maison le soir, j’ai une autre astuce, à base de bandes LED à détection de mouvement.
Mise à jour : la réponse de LESA
Après la publication de cet article, j’ai contacté LESA France directement, pour identifier ma teinte exacte et échanger sur ma façon de faire.
Leur retour confirme ce que je pratique déjà : utiliser une surlunette seulement au moment où la lumière devient trop forte, plutôt que de porter une teinte unique toute la journée, est une approche pertinente selon eux.
Ils ont aussi évoqué une piste d’évolution intéressante, que je n’avais pas envisagée. Au lieu de superposer deux objets, mes verres correcteurs puis la surlunette par-dessus, il serait possible de faire fabriquer des verres correcteurs qui associent directement ma teinte de base à une couche photochromique, qui foncerait toute seule à l’extérieur selon la luminosité. Une manière d’intégrer une partie du travail de la surlunette directement dans mes lunettes du quotidien.
Je n’ai pas encore assez de recul pour dire si je vais franchir ce pas, notamment sur le coût et sur ce que ça changerait vraiment au quotidien. Si j’essaie un jour, j’y consacrerai un article à part entière.
Galerie photo
Ma vraie surlunette LESA Berry, teinte rouge orangé, celle dont il est question tout au long de cet article.
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