J’utilise des Ray-Ban Meta première génération tous les jours. Elles me décrivent ce qui m’entoure, me lisent une pancarte, un menu, un numéro de bus. Depuis la sortie de la Gen 2, on me pose souvent la même question : « Tu vas changer ? Elle est mieux ? »
Alors j’ai regardé sérieusement ce qui distingue les deux, mais pas avec un œil de testeur tech. Avec mon œil à moi, celui d’un malvoyant qui s’appuie sur ces lunettes au quotidien. Et ma réponse n’est pas celle qu’on lit partout.
Ce qui compte vraiment quand on voit mal
Les comparatifs classiques s’extasient sur la vidéo 3K, le son Dolby Atmos, les nouveaux coloris. Pour moi, tout ça est secondaire. Ce qui compte, quand on utilise ces lunettes comme aide à la vision, c’est trois choses : l’autonomie, parce qu’on en dépend toute la journée ; la qualité de l’assistant vocal, parce que c’est lui qui me décrit le monde ; et la discrétion, parce qu’on n’a pas envie d’exhiber son handicap.
C’est avec cette grille de lecture que je compare, pas avec celle d’un vidéaste.
La batterie : le seul vrai bond en avant
C’est là que la Gen 2 change vraiment la donne. La Gen 1 tient environ 4 heures, la Gen 2 monte à 8 heures. L’étui de recharge suit : on passe d’environ 32 heures à 48 heures de réserve, avec une charge rapide qui redonne la moitié de la batterie en une vingtaine de minutes.
Pour un usage récréatif, 4 heures suffisent. Mais quand tes lunettes sont un outil dont tu dépends pour lire et te repérer, passer d’une demi-journée à une journée entière, c’est énorme. C’est, à mes yeux, le seul argument qui justifie vraiment de regarder la Gen 2.
La caméra : attention au malentendu
Sur le papier, la Gen 2 fait un bond, de la vidéo 1080p à la 3K. Mais lisons bien : c’est la vidéo qui progresse. Le capteur photo, lui, reste le même 12 mégapixels ultra grand-angle sur les deux générations.
Or ce qui compte pour l’assistant qui me décrit une scène, c’est la photo qu’il analyse, pas la qualité d’une vidéo souvenir. Donc pour mon usage précis, ce fameux 3K ne change presque rien. C’est un argument marketing qui ne s’adresse pas à moi.
Décrire mon environnement : Meta AI ou Gemini ?
Voici le point le plus important, et celui que j’ai failli mal comprendre.
On pourrait croire que la description de l’environnement en temps réel est réservée à la Gen 2. C’est faux. Cette fonction, comme la traduction simultanée, est arrivée par une mise à jour logicielle de Meta AI, et elle fonctionne aussi sur la Gen 1. Ma vieille paire sait déjà le faire.
La vraie question n’est donc pas « quelle génération », mais « quel assistant ». Et là, je fais un choix que je dois expliquer : moi, j’utilise Gemini, pas l’IA de Meta. Gemini tourne sur mon téléphone, et mes Ray-Ban servent de micro et de haut-parleur.
L’avantage de la description native de Meta, c’est la discrétion : tout se passe dans les lunettes, sans sortir le smartphone. C’est un vrai confort, je le reconnais. Mais pour moi, la discrétion passe après une chose : la qualité de la description. Si l’assistant décrit mal, de façon vague ou dans un français approximatif, sa discrétion ne me sert à rien.
Est-ce que le Live AI de Meta décrit aussi bien que Gemini ? C’est précisément le test que je veux mener à fond, et j’y consacrerai un article dédié. Pour l’instant, mon usage penche vers Gemini pour la finesse des réponses, mais je garde l’esprit ouvert.
L’éblouissement : mon vrai sujet de confort
Un point que les comparatifs oublient toujours, alors qu’il me concerne directement : l’éblouissement. Dans la rétinite pigmentaire, la lumière forte est une gêne majeure.
Bonne nouvelle, ça ne dépend pas de la génération. Les deux acceptent un clip solaire polarisé et photochromique qui se pose sur les verres. La polarisation coupe les reflets, ceux du bitume mouillé ou d’une vitrine, qui me gênent plus que le soleil direct. Et comme il est photochromique, il fonce dehors et s’éclaircit à l’intérieur, sans jongler entre deux paires. C’est pour moi un accessoire aussi important que les lunettes elles-mêmes.
Je détaille ce clip, avec ses limites, sur ma page Mon matériel.
Un mot sur la mutuelle, à vérifier avec prudence
Un point de budget que beaucoup ignorent, mais que je présente au conditionnel, parce que les sources divergent et que je ne suis ni opticien ni conseiller.
En elles-mêmes, les lunettes connectées ne sont pas considérées comme un dispositif médical : la Sécurité sociale ne les rembourse pas à ce titre. En revanche, si tu les équipes de verres correcteurs prescrits, la partie optique peut entrer dans le cadre habituel de remboursement des lunettes de vue, base Sécurité sociale puis complément mutuelle selon ton forfait. Selon ton plafond optique disponible, une partie du coût, voire davantage, pourrait donc être prise en charge.
Attention toutefois : ce sont les verres qui sont remboursés, pas le surcoût technologique, et certaines analyses soulignent que la monture connectée n’entre pas dans l’offre 100% Santé. La seule bonne démarche, c’est de te rapprocher d’un opticien qui monte des verres correcteurs sur ces montures, et de vérifier ton contrat. Ne te lance pas en pensant que ce sera gratuit d’office.
Les Ray-Ban Display ? Pas pour nous
Meta propose un troisième modèle, les Ray-Ban Display, avec un petit écran couleur intégré dans le verre et un bracelet de contrôle. À près de 800 dollars, c’est le haut de gamme.
Soyons clairs : pour quelqu’un qui voit mal, un écran dans le verre n’a aucun intérêt. Je le mentionne surtout pour t’éviter de dépenser une fortune sur une fonction qui ne t’apportera rien. Ce modèle vise un autre public que le nôtre.
Mon verdict, selon ta situation
- Tu as déjà la Gen 1, comme moi ? Ne change pas. Les fonctions d’IA arrivent sur les deux par mise à jour. La seule vraie raison de passer à la Gen 2 serait un manque d’autonomie qui te handicape au quotidien.
- Tu n’as encore rien et l’autonomie est cruciale pour toi ? La Gen 2 vaut son prix, surtout pour ces 8 heures.
- Tu veux découvrir sans trop dépenser ? La Gen 1, moins chère, reste un excellent point d’entrée. C’est celle que j’utilise, et elle me rend déjà de grands services.
Voici d’ailleurs celle que je porte au quotidien :
Ce que j’attends vraiment
Honnêtement, ni la Gen 1 ni la Gen 2 ne représentent le futur qui m’intéresse. Ce que j’attends, c’est autre chose.
D’abord les lunettes Samsung et Google sous Android XR, avec Gemini intégré nativement et une double caméra. Là, on parlerait d’un vrai bond pour mon usage : la puissance de Gemini directement dans les lunettes, sans passer par le téléphone.
Et puis une approche complètement différente, les lunettes Innovega, pensées dès le départ pour la basse vision, dont je t’ai déjà parlé.
En attendant, mes Ray-Ban Meta font le travail. Et c’est déjà beaucoup.
Transparence : en tant que Partenaire du programme Amazon, je perçois une petite commission sur les achats réalisés via les liens ci-dessus, sans aucun surcoût pour toi. Je ne recommande que du matériel que j’utilise vraiment.
