J’ai travaillé pendant vingt ans dans des gares SNCF, avant que ma vue ne me pousse à changer de vie. Alors quand je tombe sur un article qui parle de la façon dont SNCF Réseau travaille sur l’accessibilité, je le lis toujours avec un œil particulier. Cette fois, l’angle m’a vraiment marqué. L’idée de départ tient en une phrase de Laetitia Monrond, directrice de l’Accessibilité chez SNCF Réseau, une personne handicapée est à la fois experte de son problème et de sa solution.
Le Groupe Miroir, des voyageurs qui testent avant tout le monde
SNCF Réseau s’appuie sur un Groupe Miroir, composé de collaborateurs en situation de handicap. Avant qu’un nouvel équipement ou un nouveau service soit déployé sur le réseau, ce sont eux qui le testent en conditions réelles. Avec ma rétinite pigmentaire, je sais à quel point un dispositif pensé sans les personnes concernées peut passer complètement à côté de l’essentiel. Un plan qui paraît lisible sur un écran de designer peut devenir illisible pour un malvoyant sur le terrain, un signal sonore pensé pour un couloir peut se perdre dans le bruit réel d’une gare. Faire tester par les personnes elles mêmes, avant le déploiement, c’est exactement ce qui manque trop souvent.
Une charte pour l’inclusion des voyageurs autistes
En 2025, SNCF Réseau a signé une charte pour l’inclusion des voyageurs autistes, à la Maison de l’Autisme. Cette démarche a débouché sur l’expérimentation d’espaces calmes dans plusieurs gares parisiennes, pensés pour permettre à une personne en surcharge émotionnelle de se poser quelques minutes, loin de l’agitation et du bruit. Une gare est un lieu qui sollicite énormément les sens, la lumière, le bruit, les annonces, le monde qui circule. Pouvoir s’extraire de tout ça un instant, ce n’est pas un détail.
Savoir en temps réel si un ascenseur ou un escalator fonctionne
Autre initiative qui m’a marqué, un système d’information en temps réel sur l’état des ascenseurs et des escaliers mécaniques. À l’origine, ce dispositif a été pensé pour les personnes à mobilité réduite, pour éviter de se retrouver bloqué devant un ascenseur en panne sans l’avoir su à l’avance. Mais dans les faits, ça sert à tout le monde. Un parent avec une poussette, un voyageur avec une valise lourde, une personne âgée qui a du mal avec les escaliers. C’est souvent comme ça que ça se passe avec l’accessibilité, ce qui est pensé pour compenser un handicap précis finit par simplifier la vie de tous les voyageurs.
Un futur plan pour accompagner le vieillissement
L’article évoque aussi un Plan Senior Mobilités, encore à venir, pensé pour accompagner une population vieillissante qui souhaite rester mobile le plus longtemps possible. La déficience visuelle, la perte de mobilité ou d’audition touchent de plus en plus de monde avec l’âge. Anticiper ces besoins maintenant, plutôt que de les découvrir trop tard, c’est une approche que je trouve juste.
Ce que je retiens de cette démarche
Ce que je trouve intéressant dans l’approche de SNCF Réseau, c’est qu’elle ne présente pas l’accessibilité comme un objectif qu’on coche une fois pour toutes. C’est un travail continu, fait d’anticipation, d’écoute, d’expérimentation et de concertation avec les personnes concernées. Après vingt ans passés dans des gares, je peux témoigner que ce sont exactement les bons ingrédients. Le handicap, qu’il soit lié à la vue, à l’audition, à la mobilité ou à l’autisme, n’est jamais une case à cocher sur un cahier des charges. C’est une expertise vécue, et SNCF Réseau semble enfin le prendre au sérieux.
Source, l’article de faire-face.fr.
