Homme afro-caribéen souriant au bord d'un boulevard parisien ensoleillé, levant son smartphone vers un feu piéton, ses deux enfants à ses côtés le regardant avec admiration.

ActiApp : ce petit superpouvoir qui me redonne confiance

Mes enfants sont convaincus que j’ai un superpouvoir. Je lève mon téléphone vers un feu, et le feu se met à me parler. Une voix annonce la couleur, une petite cloche sonne. Leurs yeux s’écarquillent. « Papa, refais-le ! »

Je les laisse y croire encore un peu. Ce superpouvoir, en réalité, tient dans une application sur mon smartphone. Elle s’appelle ActiApp, et elle a changé ma façon de me déplacer dans Paris.

Traverser quand on voit mal

Pour comprendre pourquoi j’en parle comme d’un superpouvoir, il faut imaginer la scène côté malvoyant.

Je suis au bord d’un grand boulevard parisien. Large, bruyant, avec plusieurs voies. Je dois d’abord repérer où se trouve exactement le passage piéton. Puis, la question qui compte : est-ce rouge ou vert pour moi ? Avec ma rétinite pigmentaire, je ne peux pas me fier à un petit bonhomme lumineux à l’autre bout de la traversée.

Longtemps, ça a voulu dire attendre, écouter le flux des voitures, deviner, suivre quelqu’un d’autre en espérant qu’il traverse au bon moment. Beaucoup de stress pour un geste que la plupart des gens font sans y penser.

C’est exactement ce problème que résout le feu sonore. Et ce que fait ActiApp, c’est me permettre de le déclencher moi-même, depuis ma poche.

Comment ça marche

ActiApp est une application développée par la société Phitech. Elle existe sur iPhone et sur Android, et elle utilise le Bluetooth de ton téléphone pour communiquer avec les balises et les feux équipés.

Le principe est simple : quand j’approche d’un feu compatible, je lance l’appli, et le haut-parleur du feu annonce à voix haute « rouge piéton » ou « vert piéton », accompagné d’une cloche qui aide à localiser la traversée. Je sais quand traverser, et dans quelle direction aller.

Tout cela repose sur un système encadré en France par une norme, la NF S32-002, historiquement utilisée avec une petite télécommande radio que les personnes déficientes visuelles connaissent bien. L’application est une évolution récente de ce dispositif : au lieu de sortir une télécommande dédiée, j’utilise le téléphone que j’ai déjà en main.

Les deux modes, et quand les utiliser

Au lancement, l’appli propose deux modes, et c’est utile de comprendre la différence.

Le mode automatique active les dispositifs autour de moi, puis s’arrête tout seul au bout de quinze minutes. Pratique quand je marche et que je veux que ça se fasse sans y penser, sans avoir à ressortir mon téléphone à chaque coin de rue.

Le mode manuel me laisse déclencher moi-même, et c’est à moi de le désactiver quand j’ai fini. Je le préfère dans les environnements où plusieurs dispositifs sont proches, quand je veux garder la main sur ce que j’active.

Les deux se valent, c’est vraiment une question de situation et d’habitude.

Pas seulement les feux : les bus aussi

Ce que j’ai découvert à l’usage, c’est que ça ne s’arrête pas aux traversées.

Chez moi, à Paris, l’application me sert aussi pour l’information sonore aux arrêts de bus. Et là, le gain est réel : quand un arrêt est partagé par plusieurs lignes, savoir quelle ligne arrive devient un vrai casse-tête quand on ne peut pas lire le numéro sur la façade du bus. Pouvoir déclencher une annonce sonore, c’est monter dans le bon bus sans avoir à demander à chaque fois.

Je précise « à Paris », parce que je ne sais pas si cette fonction est déployée partout de la même manière. Si tu es en région, ça vaut le coup de vérifier localement.

En toute honnêteté : ce que ça ne fait pas

Parce que je ne veux pas te vendre du rêve, voici les limites.

Tous les feux et toutes les balises ne sont pas activables par smartphone. Seuls ceux que le gestionnaire de voirie a configurés pour cet usage le sont. En France, la loi impose le déclenchement par télécommande radio, si bien qu’il existe encore relativement peu de feux compatibles avec l’activation par téléphone. Paris est plutôt en avance sur ce point, mais tu croiseras des carrefours où rien ne se passera.

Autre chose à savoir : ActiApp n’est pas la seule application de ce type. Il en existe une équivalente, MyMoveo, développée par la société Okeenea, qui fonctionne sur le même principe pour les dispositifs de sa marque. Selon ta ville et les équipements installés, l’une ou l’autre sera plus adaptée. Le mieux est de tester.

Je ne l’ai pas trouvée tout seul

Je tiens à le dire, parce que c’est important : cette application, comme beaucoup d’autres outils que j’utilise aujourd’hui, je ne l’ai pas découverte par hasard. C’est mon accompagnement par le SAMSAH 93 qui me l’a fait connaître.

Un SAMSAH, c’est un service d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés. Concrètement, des professionnels qui aident à trouver les bonnes aides, les bons réflexes, les bonnes technologies, et à reprendre confiance dans ses déplacements et son quotidien.

Si tu vis avec une déficience visuelle et que tu ne connais pas ce type d’accompagnement, renseigne-toi auprès de ta MDPH. Beaucoup de personnes concernées ignorent que ça existe, et c’est parfois ce qui change tout. On ne peut pas utiliser un outil dont on n’a jamais entendu parler.

Ce que je retiens

Cette petite application ne remplace pas mon attention ni ma prudence. Mais elle m’a rendu quelque chose de précieux : la possibilité de traverser, de prendre le bon bus, d’avancer seul. Un peu d’autonomie, et surtout un peu de confiance.

Et puis il y a ce que la technique ne dit pas. Pour mes enfants, papa a un superpouvoir. Ce qui était pour moi une source de stress est devenu un moment complice, un petit jeu qu’on partage. C’est peut-être ça, la plus belle fonction de cette appli : transformer une difficulté en fierté.

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