Homme afro-caribéen malvoyant dans une rue en fin de journée, tenant son smartphone à bout de bras vers une devanture pour la déchiffrer, l'autre main posée sur une rampe, portant des lunettes connectées qui lui servent de retour audio

Lunettes Google et Samsung avec Gemini : ce que ça changerait vraiment pour moi

Cet automne, Google et Samsung sortent leurs lunettes connectées avec Gemini intégré. Depuis l’annonce, on me demande si je vais craquer. Alors j’ai regardé sérieusement ce qui est prévu, et j’ai comparé avec ce que j’utilise déjà tous les jours. La réponse est plus nuancée que je ne le pensais.

Ce qui a été annoncé

À la conférence Google I/O de mai dernier, Google a présenté ses lunettes sous Android XR. C’est un travail à plusieurs : Samsung fabrique le matériel, Qualcomm fournit la puce, Google apporte la plateforme et Gemini, et deux marques de lunettes, Gentle Monster et Warby Parker, dessinent les montures.

Deux familles sont prévues. Les lunettes audio, sans écran, qui sortent cet automne. Et les lunettes avec affichage dans les verres, qui viendront après.

Les premières embarquent deux caméras à l’avant, des micros, des haut-parleurs. Pas d’écran : tout passe par la voix. Au programme, navigation, traduction en direct, messages mains libres, reconnaissance de ce qu’on a devant soi. Elles fonctionnent aussi bien avec un téléphone Android qu’avec un iPhone.

Mon installation actuelle, et pourquoi c’est un bricolage

Il faut que je clarifie un truc, parce qu’on me prête souvent un équipement que je n’ai pas.

Mes Ray-Ban Meta n’ont pas Gemini dedans. Ce que je fais est bien plus artisanal : Gemini tourne sur mon smartphone, et mes lunettes me servent de retour audio. Rien de plus. Elles jouent le rôle d’une oreillette élégante.

Concrètement, ça veut dire que quand je veux savoir ce qu’il y a écrit sur une étiquette, je sors mon téléphone, je le pointe, je demande, et j’écoute la réponse dans mes branches. Le confort d’écoute est réel. Mais le téléphone est dans ma main, et c’est lui qui regarde.

Ça marche. Je ne crache pas dessus, ça me rend service tous les jours. Mais appelons ça par son nom : c’est un assemblage de deux appareils qui ne sont pas faits pour travailler ensemble.

Ce que l’intégration changerait

Et c’est exactement là que les lunettes Google et Samsung se distinguent : Gemini est dedans. Pas sur le téléphone, dans les lunettes.

La différence a l’air minuscule sur le papier. Elle est énorme au quotidien.

Ce sont les lunettes qui voient. Pas le téléphone. Je regarde une pancarte, je demande, j’ai la réponse. Sans sortir quoi que ce soit de ma poche, sans viser, sans cadrer, sans me demander si j’ai bien pointé au bon endroit.

Quand on voit mal, sortir son téléphone n’est pas un geste anodin. C’est une main occupée, celle qui aurait pu tenir une rampe ou une canne. C’est un objet qu’on peut faire tomber. C’est aussi, disons-le, un geste qui se voit et qui signale. Ne plus avoir à le faire, ce n’est pas du confort, c’est de l’autonomie.

Google annonce aussi que Gemini pourra enchaîner des tâches en plusieurs étapes tout seul, en ne me laissant que la validation finale. Si ça tient ses promesses, ça veut dire moins de manipulations d’écran, et pour moi les manipulations d’écran sont précisément ce qui fatigue.

Ce que ça ne changera pas, et il faut le dire

Maintenant, la douche froide, parce que je n’aime pas les promesses trop belles.

Ces lunettes n’ont pas d’écran. Elles ne vont donc rien agrandir, rien contraster, rien poser dans mon champ de vision. Elles vont me décrire le monde, pas me le montrer. Pour quelqu’un en basse vision qui cherche à mieux voir, et pas seulement à mieux entendre parler de ce qu’il ne voit pas, c’est une limite de taille.

Les lunettes qui affichent, celles qui pourraient vraiment changer ma façon de lire, arriveront plus tard. Et pour l’instant Google reste très vague sur le calendrier : « dans les mois à venir », pendant que les modèles audio ont, eux, une date.

Autre chose, et je l’ai cherchée longtemps : je n’ai trouvé aucune fonctionnalité pensée pour la déficience visuelle dans ce qui a été annoncé. Aucune. Ce sont des lunettes grand public, dont on espère détourner l’usage. Comme d’habitude.

C’est tout l’inverse de ce que je racontais à propos d’Innovega, où la déficience visuelle est le point de départ du produit. Ici, elle n’est même pas mentionnée. On se débrouillera, comme toujours.

Enfin, je n’ai vu passer ni prix ni date pour la France. Je ne vais pas inventer des chiffres.

Mon avis, et ce que je compte faire

Je suis partagé, et je préfère te le dire franchement plutôt que de te vendre du rêve.

Ce qui m’attire, c’est la fin du bricolage. Un seul appareil qui voit et qui parle, au lieu de deux qui se passent le relais. Rien que ça, ça mérite qu’on regarde.

Ce qui me retient, c’est que la vraie promesse, celle de l’affichage, n’est pas dans la première boîte. Et que personne, chez Google comme ailleurs, ne semble avoir pensé à nous en concevant ce produit.

Et pourtant, je vais les acheter.

Justement parce que personne ne les testera de notre point de vue. Les fiches techniques ne parlent pas de basse vision. Les tests que tu liras ailleurs seront écrits par des gens qui voient bien, et qui te diront si la traduction est rapide et si le son est bon. Aucun ne te dira si Gemini repère une marche mal éclairée, ni si les branches gênent quand on porte déjà une correction, ni si la description arrive assez vite quand on traverse.

La seule façon de le savoir, c’est de les mettre sur son nez et d’essayer.

Alors je le ferai. Je les prendrai à leur sortie, je les userai plusieurs semaines dans la vraie vie, pas dans un salon, et je te ferai un retour honnête ici, comme pour l’OrCam MyEye 2 ou ZoomText. Avec ce qui marche, ce qui ne marche pas, et ce qui m’aura déçu. Si c’est un flop pour nous, je te le dirai aussi clairement que si c’est une réussite.

En attendant, je continue avec ce que j’ai sous la main. Mon bricolage est imparfait, mais il fonctionne aujourd’hui. C’est déjà beaucoup.

Rendez-vous cet automne.

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