Homme afro caribeen avec Ray-Ban Meta payant sans contact avec son smartphone en caisse de supermarche

Lire et payer, deux gestes du quotidien devenus un vrai défi

Lire et payer, deux gestes que je faisais sans y penser il y a encore quelques années. Aujourd’hui, avec ma rétinite pigmentaire, ce sont devenus deux vrais défis du quotidien pour moi, comme pour beaucoup de personnes malvoyantes. Je voulais partager comment je vis ça concrètement, et comment je m’organise pour continuer malgré tout.

Ce qui rend la lecture difficile pour moi

Il y a d’abord la taille des caractères et le contraste. Tout ce qui est écrit sur fond blanc, je n’arrive tout simplement plus à le lire, que ce soit sur un écran ou sur un support papier. Le contraste ne suffit plus, mes yeux ont besoin d’autre chose pour distinguer les lettres du fond.

Il y a ensuite la ligne que je perds régulièrement, ou les caractères qui se dédoublent sous mes yeux. Je relis plusieurs fois la même phrase sans forcément m’en rendre compte tout de suite, et je dois revenir en arrière pour comprendre où j’en étais.

Enfin, il y a la fatigue. Lire me demande une concentration qui n’a rien à voir avec ce que ça représentait avant. Ce n’est pas juste fatiguant pour les yeux, c’est fatiguant mentalement, parce que je dois compenser en permanence ce que ma vue ne fait plus automatiquement. C’est une réalité que beaucoup de personnes en situation de basse vision connaissent bien.

Ma progression pour arriver à lire quelque chose

Face à un texte, j’ai une sorte de progression que je fais presque instinctivement maintenant. J’essaie d’abord sans rien, à l’œil nu, pour voir si ça passe. Si ça ne passe pas, je sors mon téléphone et j’utilise mes applications, zoom, contraste renforcé, parfois la caméra pour agrandir. Et si ça ne suffit toujours pas, j’interchange entre mes différentes paires de lunettes, dont mes Ray-Ban Meta avec intelligence artificielle intégrée, qui ont des verres teintés très sombres.

Le souci, c’est que ces verres très sombres sont pensés pour l’extérieur et la gestion de la lumière. En intérieur, ils ne sont pas pratiques du tout, ils assombrissent encore plus ce que j’essaie de lire. Du coup, je jongle entre ces différentes solutions selon l’endroit où je suis et ce que j’ai sous la main.

Payer en espèces, une option que j’ai abandonnée

Reconnaître les pièces et les billets est devenu trop compliqué pour moi. Résultat, je ne paye quasiment plus en espèces. Je ne retire même plus d’argent au distributeur, tout simplement parce que je ne vois plus l’écran pour suivre les étapes.

Je sais qu’il existe un dispositif sur certains distributeurs permettant de brancher un équipement audio, une sorte d’assistance vocale pour guider le retrait sans avoir besoin de lire l’écran. Je ne l’ai jamais utilisé jusqu’ici, mais c’est clairement une piste que je devrais explorer plutôt que d’éviter les distributeurs par réflexe. D’autant que certains commerçants, même s’ils sont rares aujourd’hui, ne prennent toujours pas la carte bancaire, ce qui peut vite devenir un problème si je n’ai aucune espèce sur moi.

Faire mes courses, un parcours du combattant discret

Au supermarché, lire les prix sur les étiquettes, lire les ingrédients, ou tout simplement prendre le bon produit dans le rayon, c’est devenu très compliqué. Il m’arrive souvent de sortir mon téléphone et de demander à l’intelligence artificielle Gemini de m’aider à identifier ce que j’ai entre les mains ou ce qui se trouve devant moi.

Il m’arrive aussi de demander de l’aide, à un employé ou même à un autre client. Mais avec un handicap invisible, les regards en disent long. On ne s’attend pas à ce que je demande ce genre d’aide, et je sens parfois cette incompréhension silencieuse avant même d’avoir eu le temps d’expliquer pourquoi.

Je ne passe jamais aux caisses automatiques. Elles fonctionnent entièrement en autonomie avec des écrans, sans aucune aide humaine directe, ce qui les rend inutilisables pour moi malvoyant. Je ne passe pas non plus aux caisses prioritaires. J’estime qu’il y a des personnes âgées ou des personnes avec d’autres handicaps qui en ont davantage besoin que moi. Je passe donc systématiquement en caisse classique, avec un vrai caissier ou une vraie caissière en face de moi.

Même en caisse classique, je suis incapable de vérifier le prix annoncé sur l’écran. Je paye généralement sans contact, avec mon smartphone ou ma carte bancaire, puis je vérifie après coup sur mon application le montant qui a été débité. C’est ma façon de garder un contrôle, même différé, sur ce que je dépense.

Quand je dois insérer ma carte dans le terminal de paiement, je ne vois pas du tout les caractères sur les touches. Je repère le chiffre 5 au toucher, il se situe généralement au milieu du clavier avec un petit point en relief, et je me repère à partir de lui pour composer mon code confidentiel. Je privilégie malgré tout le sans contact avant tout, ça m’évite cette étape qui reste un des moments les plus stressants de mes courses.

Ce que je retiens de tout ça

Lire et payer sont des gestes tellement basiques qu’on ne les remarque même plus, jusqu’au jour où ils deviennent un effort conscient à chaque fois pour une personne malvoyante. J’ai dû construire mes propres stratégies, mon téléphone, le sans contact, éviter certaines situations plutôt que de les affronter à chaque fois. Ce ne sont pas des solutions parfaites, mais elles me permettent de garder mon autonomie au quotidien malgré ma déficience visuelle.

En résumé

Entre la taille des caractères, le contraste, la fatigue de concentration, et les galères avec les pièces, les billets ou les écrans des terminaux de paiement, la rétinite pigmentaire et la basse vision en général changent en profondeur deux gestes que la plupart des gens font sans y penser. Le sans contact et les applications sur smartphone sont devenus mes meilleurs alliés. Et il y a sûrement encore des solutions que je n’ai pas explorées, comme l’assistance audio des distributeurs, que je compte bien essayer maintenant.


En savoir plus sur Les Yeux de Mouss, et si mal voir n'empêchait pas de tout voir ?

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

En savoir plus sur Les Yeux de Mouss, et si mal voir n'empêchait pas de tout voir ?

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture